Les plantes : des alliées contre la canicule

Cette année encore, la canicule s’installe en France. Si en zone rurale les températures sont déjà très élevées, les habitants des villes subissent l’inconfort d’une chaleur étouffante qui n’est pas seulement due à la pollution. Pour lutter contre la surchauffe estivale, la première des armes privilégiée par les urbanistes est la végétalisation.

En 2015, les températures des mois d’été malmènent une nouvelle fois les habitants des grandes agglomérations. A Lyon, Paris ou encore Nancy, la chaleur a rendu l’air difficilement supportable et ceux qui ne bénéficiaient pas de climatiseur ont pu goûter aux joies de ce que l’on appelle les îlots de chaleur urbains.

Le problème des îlots de chaleur urbains

Ces îlots sont des localités urbaines où les températures sont nettement plus élevées que dans les secteurs avoisinants. Durant la journée, la chaleur est emmagasinée par les sols et les murs, et restituée à la nuit tombée. D’ordinaire, cette chaleur est naturellement évacuée et s’en retourne vers le ciel. Dans ces zones où la température reste haute, les infrarouges qui émanent la nuit des surfaces ayant stocké la chaleur (murs, toitures…) tentent de rejoindre le ciel mais restent emprisonnés par de nombreux obstacles urbains (étroitesse des espaces, verticalité, densité des constructions…). Ainsi, la température ressentie ne descend pas ou peu et les journées comme les nuits sont de plus en plus chaudes.

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C’est la canicule de l’été 2003 qui a placé la problématique des températures en ville au centre des préoccupations urbanistiques en France. Plus de 15 000 décès excédentaires (5 000 rien qu’en Ile-de-France) ont fait passer le sujet au rang de question de santé publique. Jusqu’alors, au second plan, la lutte contre les îlots de chaleur urbains est soudainement, et à juste titre, devenue une nécessité.

Des différentes stratégies envisagées afin d’alléger le phénomène, la végétalisation arrive en tête de liste ! Simple mais surtout très efficace, l’introduction de zones vertes et de surfaces végétalisées diminue de façon conséquente la surchauffe caniculaire. En effet, les températures des lieux à proximité de zones de verdure peuvent être de 2 à 10°C moins élevées que celle des zones en étant dénuées. On a pu par exemple observer que dans la ville de Boulogne, pourtant à la lisière de Paris, la température était de 3 à 4°C inférieure à celle du cœur de Paris, et ce, grâce à son bois*.

Mais comment les plantes permettent-elles d’abaisser les températures ressenties ?

Ce rafraichissement est dû à plusieurs facteurs. Tout d’abord, les plantes permettent d’augmenter les zones d’ombre. Abritant les sols et les murs de l’ensoleillement, les végétaux limitent le stockage de la chaleur. Ainsi un mur végétalisé ne dépassera jamais 30°C alors qu’il peut atteindre 60°C à nu**. Grâce à ce simple ombrage, la chaleur ressentie est diminuée et le refroidissement nocturne est accéléré. Par ailleurs, plus un espace est naturel, moins il retient la chaleur. Le goudron, les matériaux sombres, les bâtiments vitrés stockent des calories qu’un bois, un square ou des arbres n’emmagasineront pas.

En parallèle, les végétaux améliorent la qualité de l’air en absorbant du CO₂ et ont pour atout d’être sujets à l’évapotranspiration. Lorsque les plantes « transpirent », elles perdent de la vapeur d’eau qui est alors émise dans l’atmosphère, réduisant ainsi la température de l’air environnant.

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La mise en place de zones vertes et de murs végétalisés dans les villes n’appartient donc pas uniquement au domaine de l’esthétique. Il s’agit aussi d’une stratégie permettant de lutter contre une chaleur qui rend nos journées d’été parfois pesantes. Subissant les effets des îlots de chaleur urbains depuis déjà quelques années, des pays comme le Japon ou le Canada luttent de manière comparable contre les hautes températures en ville.

La déferlante verte actuelle est donc une réponse efficace à une problématique nouvelle de santé publique. De quoi faire changer d’avis les citadins considérant l’argent dépensé pour ce type d’aménagements comme de l’argent gaspillé.

 

* Source : Erwan Cordeau, chargé de mission à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Ile-de-France, dans un entretien accordé à Terra Eco.

** Chiffres observés lors d’une récente analyse menée par l’Observatoire Régional des Études sur le Changement Climatique à Lyon.

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